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Dans la présente gazette le footophile moyen pourra trouver des articles incroyablement pertinents sur l'actualité du ballon rond, le championnat de Ligue 1, les grands joueurs passés et présents, l'équipe de France et les matches qui ont fait l'histoire du jeu.

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Jeudi 7 janvier 2010 4 07 /01 /Jan /2010 21:00

     http://www.topnews.in/sports/files/George-Best1.jpgEpineuse et capitale question, auquelle selon nos sources plus que fiables au Ministère de l'Education Nationale, les élèves de terminale auraient échappé de très peu au baccalauréat lors des dernières épreuves de philosophie. Au lieu de quoi on les a obligés à plancher sur un texte de Schopenauer ou l'objectivité de l'histoire. Allez comprendre.
     Puisque l'expression risque fort d'être employée maintes fois à l'avenir dans le présent opuscule visant à l'édification des masses qui ne lisent pas, une tentative de définition s'impose, et pas seulement cigare. Alors s'il vous plaît je vous en prie un peu de pudeur et de savoir-vivre.    






      1. Football de gauche et politique

     Quand on parle de "football de gauche", on évoque le jeu, et uniquement le jeu. Economiquement, le football moderne est essentiellement de droite. Les clubs, dont les plus puissants sont cotés en bourse, sont détenus par des multinationales, des fonds de pension ou des capitaines d'industrie qui ne manquent pas une occasion de vanter les mérites de l'ultralibéralisme et de la dérégulation, n'est-ce pas JMA? Il est aujourd'hui quasiment impossible de soutenir un club pour des raisons purement politiques, à moins d'avoir un buste de Benito sur la cheminée, un poster de Di Canio au mur et d'aller garnir les tribunes du stade olympique de Rome un dimanche sur deux. Livourne fournit le rare exemple d'un club européen clairement ancré à gauche. Or, convenons-en, supporter l'AS  Livourne et son attaquant lituanien Danilevicius relève d'une forme étrange de masochisme connue seulement  des fans du PSG.
    Le fouteballe est gangréné par le racisme et la violence, et les clubs de supporters font souvent preuve d'une certaine sympathie pour les idées d'extrême-droite. Certes, el gaucho moyen peut toujours se réjouir d'une défaite du Milan de Berlusconi ou du PSG, club favori de Sa Majesté, mais le jeu consistant à supporter ou non une équipe en fonction de sa pseudo-appartenance politique tourne rapidement à l'absurde, la lecture de l'Equipe s'apparentant de plus en plus à celle de La Tribune. Marseille? Dassier, monsieur propagande UMP sur LCI.  Bordeaux? M6. Rennes? Pinault. Montpellier? Loulou le boueux. Chelsea? Abrahamovic et ses pétrodollars. Real Madrid? Fiorentino Perez, le Bouygues de la péninsule. Juventus? Agnelli et Fiat. Liverpool et ManU? Aux mains de financiers américains. Arnaud Lagardère, dit l'homme de Singapour, ne devrait plus tarder à fonder le Right Wing Paris Racing.



     2. Football de gauche et résultat

     Le football de gauche est avant tout et fondamentalement offensif. Il méprise du haut de sa superbe toute notion sécuritaire et l'idée même de "bloc-équipe". Il prône le mouvement, le panache et la prise de risque collective au détriment du score. La notion de générosité lui est essentielle et celle de réalisme totalement étrangère. L'entraîneur idéal d'une équipe pratiquant le football de gauche s'appellerait Cyrano de Bergerac (curieux qu'Edmond Rostand n'est pas donné naissance au FC Cadets de Gascogne).
     Contrairement aux partis du même bord, le foot de gauche n'est pas pour autant condamné à perdre. Certes, ses tenants jusquauboutistes préfèreront toujours la France de 82 et son quatuor de milieux offensifs à l'imperméabilité défensive de celle de 98, mais ils se réjouiront par exemple de la qualification étriquée du Barça face à Chelsea en 2009, au sens où l'élimination des Blues représente non pas la logique sportive mais la victoire d'une idéologie sur une autre. Même dans un jour sans, toute équipe véhiculant les principes propres au football de gauche se doit d'être encouragée, et votre serviteur veut bien dormir tous les soirs avec un maillot de Drogba si ce n'était pas le cas du Barça champion d'Europe 2009.
      Le football de gauche ne se soucie du résultat que dans la mesure où ce dernier constitue l'aboutissement concret d'un jeu plaisant et maîtrisé. Il représente une conséquence logique, le poids chiffré d'une esthétique, et non un objectif en soi à atteindre. Le football de droite se caractérise précisément par son obsession du résultat (ce que les puelistes appellent "culture de la gagne", très en vogue dans les magazines de management) et surtout celle de sa préservation. But sur corner à la 62ème, on sort Presssingman (l'attaquant esseulé qui n'a pas touché une canette) pour faire rentrer un 6 dans le 8-2-0 bien en place, on ferme la boutique et merci bien. La devise du foot de droite: "Seule la victoire est belle".



     3. Football de gauche et tactique

     Réfractaire à la rigueur tactique, le football de gauche n'est pas hermétique à toute organisation, du moment que celle-ci se place au service d'un jeu résolument porté vers l'avant (du moment, dirons-nous,que" ça joue au ballon") et des qualités naturelles des protagonistes. Un aliler (reste-t-il seulement de véritables ailiers dans le foot de droite, dit "moderne"?) est fait pour dribbler, déborder et centrer, pas pour "occuper son couloir" selon l'expression consacrée. La raison d'être d'un avant-centre est de mettre la chique au fond, pas de faire un pressing de marathonien pendant 90 minutes. Transformer les attaquants en défenseurs non-qualifiés est un principe fondateur du foot de droite.
     Pour autant, le gauchiste n'a que respect pour les défenseurs dignes de ce nom, soient-ils dévoreurs d'espaces sur les côtés (Cafu, Lizarazu, Sergi, Brehme), duellistes surpuissants (Thuram, Campbell, Puyol, Stam) ou brillants chefs d'arrière-garde. Dans le jargon du football de gauche, on dit de ces derniers qu'ils jouent "avec le cigare", tout en facilité et en élégance: Blanc, DeBoer, Sammy Traoré, Wallemme et Beckenbauer appartiennent à cette catégorie, ou encore Maldini et Baresi, bien qu'au service du prototype de l'équipe de droite.



     4. Football de gauche et individualité

     Bien qu'essentiellement collectif, le football de gauche n'est pas incompatible avec le talent individuel, indispensable à l'ésthétique de l'ensemble, mais donne la part belle au joueur d'équipe, soucieux avant tout de jouer juste et non de briller. Prototypes: Giggs, Iniesta, Xavi, Fabregas, Lampard, Valdo, Gerrard, Pirlo, Zidane dans une certaine mesure. Il n'a qu'à faire des guignols cramponnés et autres mangeurs de ballon souvent lusophones qui multiplient les prouesses techniques inutiles et ne voient pas plus loin que leurs panards de solistes. Exemples: Quaresma, Ben Arfa, Denilson, Cristiano Ronaldo dans ses mauvais jours.
     Ces derniers sont-ils pour autant des joueurs de droite? Non. Nous les appellerons prudemment les "sans étiquette". En revanche, Romario ou Best, capables de claquer un triplé en toute décontraction un lendemain de cuite cataclysmique, et donc représentants d'une forme de panache, méritent amplement le label "joueur de gauche".
     Le gauchiste n'a qu'une admiration limitée pour les qualités pourtant indiscutables de ces joueurs qui forcent la décision pour les équipes de droite: Baggio, Inzaghi, Rossi, Rummenigge, Sammer, Drogba, Juninho ou Benzema.



     5. Quelques exemples d'équipes de gauche

     A part Cyrano, quels sont les entraîneurs qui méritent d'être cités en exemple pour avoir tenté d'appliquer les préceptes du football de gauche? Citons Cruyff et Guardiola, Van Gaal avec l'Ajax, Blanc, Suaudeau, Denoueix, Hidalgo, Hiddink, Gerets peut-être, Rinus Michels, Lobanovski, Aragones, Wenger, Leclercq, Moller Nielsen (Danemark 92) ou encore Zagallo. Tous ces tacticiens se sont efforcés de mettre en place non sans une certaine réussite un jeu offensif, cohérent et audacieux, impliquant tous les membres de l'équipe. Les entraîneurs et sélectionneurs de droite sont malheureusement bien plus nombreux: Herrera, Sacchi, Domenech, Jorge, Puel, Parreira, Cappello, Eriksson, Passarella, Scolari, Schäfer (le type qui a essayé de faire jouer le Cameroun "à l'européenne" en 2002).  Aimé Jacquet, bien qu'en attente de béatification, peut être défini comme un entraîneur de droite. En finale contre le Brésil, il aligne huit joueurs à vocation défensive et la France marque deux fois sur corner. Ferguson constitue un cas plus délicat. Si ses équipes ont souvent été plutôt agréables à regarder, MU doit nombre de ses récents titres à une ribambelle de 1-0 des familles bien moches (15 lors du championnat 2008-2009). 
     Voici une liste non exhaustive des équipes de gauche dans l'histoire: Ajax Amsterdam années 70 puis période Van Gaal, Arsenal depuis la retraite des bouchers, Barcelone 93-94 et 2008-2009,  Bordeaux 95-96, Borussia Mönchengladbach 70-77, Brésil 70 et 82,  Cameroun 1990, Celtic 67, Danemark 92, Dynamo Kiev 86, Espagne 2008, France 82-86, Hollande 74, Hongrie 54, Lens 97-98, Leeds United 1999-2001, Manchester United 97-98, Monaco 2003-2004, Nantes 94-95, Pologne 74 et 82, Real Madrid 56-60, URSS 86-88, Werder Brême époque Micoud.


      5. Le but de gauche

     La définition d'un but de droite est relativement simple: il s'agit d'un but marqué par une équipe de droite, le plus souvent sur penalty à la 93ème. Par conséquent, seule une équipe de gauche peut marquer des buts de gauche. Cependant, tout but moche, invalide ou sur coup de pied arrêté, ou les trois, doit nécessairement être dit "de droite", sauf s'il est marqué face à une équipe de droite, naturellement. Exemples à visée pédagogique: a) tout but de Pippo Inzaghi est un but de droite  b) un but du tibia de Seydou Keita contre Osasuna est un but de droite  c) un but du tibia de Seydou Keita contre Lyon est un but de gauche. Rien que de très logique en somme.


     6. Le supporter de gauche

     Le supporter de gauche ne va au stade que rarement, préférant de loin hurler "mais faut jouer au ballon!" en espadrilles devant son poste de télévision, un verre de Picon à la main, voire dans chaque main. On comprend donc qu'il aime que "ça joue au ballon". En bon supporter de gauche, il aime les buts de gauche, les joueurs arborant une moustache fournie et Jean-Guy Wallemme. Il ne dissimule que difficilement une nostalgie certaine pour l'époque où les joueurs chantaient du Carlos dans les vestiaires en buvant de la bière. Il possède l'intégrale VHS des matches européens du RC Lens en 97-98. D'humeur septentrionale, il a la fibre scandinave et une sympathie modérée pour les équipes du sud. L'été est pour lui une période à la fois honnie et purement incompréhensible. Enfin, il met un point d'honneur à ne jamais être d'accord avec les notes de L'Equipe.

Par Denis - Publié dans : Transversales
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